J'ai une moustache et des lunettes #1

Publié le par Shekil Aria

Salut, moi je suis Shekil Aria, je bave quand je dors sur le coté, je suis brun, et j'ai des doigts de pianistes.
Aujourd'hui, on va apprendre à lire des trucs bien. Ce qui, pour ne citer qu'un entraineur de France, n'est pas gagné.

  Très vite, parce que après je dois aller entrainer mes pokémons, mon préféré :

Maupassant - Boule de Suif

 

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Je parle ici de la "Nouvelle édition établie et annotée par Marie-Claire Bancquart" sortie en 1997, l'année où Cousteau coula à flots.
Grâce à la générosité de Marie-Claire, dans cette édition qui est un recueil palpitant de nouvelle à chute ou pas, on peut se taper entre autres :
- Boule de Suif
- La Dot
- La Moustache
- La chevelure
- Rose
- La Parure
- Auprès d'un mort

- ...


Et plus. Soit, 21 nouvelles de père Maupassant. Un chiffre correct mais pourtant trop court, un bouquin qui restera honores, vu la dépense de 25 francs dont j'ai du m'acquitter. M'a gavé le capitalisme.


Puisque la première nouvelle est éponyme du recueil, autant en parler en premier.

Boule de Suif, c'est une grosse femme, qui a fait la rue, plus particulièrement les trottoirs. Cette bonne femme, bourrue et forte, doit prendre le fiacre pour aller je ne sais où, peut-être au Havre, mais j'en suis plus sûr. Dans le fiacre se trouve quelques dames et leurs maris, qui y vont aussi, au Havre ou ailleurs. Forcément, une catin de renommée qui grimpe dans la charrette des Bourges ça les énucléent à fond. Alors au début c'est pas simple, ya d'la remarque qui vole bas, genre "Furibonde chagasse", "Fille de tapin" ou autres "Fond de pot de chambre".

Mais Boule de Suif rechigne en rien, genre sa graisse représente l'accumulation du temps et des moqueries, et maintenant elle fait fit grave. Le voyage il est long. Le poney c'est pas Jolly Jumper et le charretier c'est pas Sami Naceri, alors on s'ennui. Plus que ça, on se retrouve sans manger. En plein milieu d'un long trajet rendu pénible, par la neige surement, je ne m'en rappelle plus mais cela rendrait la thèse du Havre plus plausible ouep.

Alors les estomacs croassent, fort. Mais tout d'un coup, voilatipa qu'y a Boule de Suif qui nous sort de son panier masse ripailles. Maupassant ici, nous décrit surement ce qu'il a bouffer la vieille avec sa veille, ou le contraire. Et bon sang, à l'époque il savait manger, et pas question d'un Kebab sauce blanche, ou d'un Pannini Mozza. Elle mange alors. Les autres bavent, comme moi quand je dors. Là, dans un élan de bonté digne, Boule de Suif leur offre de partager. Vous aussi partagez cet article sur facebook et autres twitter voir blog.

Eux, bourgeois dignes mais pas trop, se jettent dessus. Et tout le monde et content, et, finalement disent les autres femmes : "Cette grosse marâtre n'est pas si mauvaise, elle goudronne un peu du cul, mais c'est pas une vilaine gourgandine, gouzigouzi, miam.".

La nouvelle pourrait alors se terminait là, mais non. Maupassant il s'en tape de montrer que les démunis sont gentils, ça il s'en fout, comme les lecteurs. Non, Maupassant, il continue son texte qui a, si vous n'avez pas encore compris, valeur d'apologue. Arrivé à un endroit, genre une ville occupé par les Prussiens, mais en France. Là, la carriole est stoppée nette, avec l'interdiction de continuer la route. Un général Prusse, fier et ombrageux, en a donné l'ordre, le coup de pute classique. La bourgeoisie dignement pète un câble et demande à pouvoir partir, le général fait non de la tête. Puis, il voit Boule de Suif, et tu sais pas trop par quelle magie, le général fait oui avec le zizi. Il veut se faire le boule de Boule. Elle ne veut pas se prendre un rompu soldat du garde à vous, normal, pute mais pas soumise. Alors, on stagne, la situation ne bouge pas, les gens sont bloqués, et c'est chiant pour eux. Au bout d'un certain moment, et de la haine grandissante qui n'allait plus vers la Prusse tenace mais vers la Boule de Surface, celle ci se résigna à monter le haut gradé. Le lendemain :


"Boule de Suif, dans la hâte et l'effarement de son lever, n'avait pu songer à rien ; et elle regardait, exaspérée, suffoquant de rage, tous ces gens qui mangeaient placidement. Une colère tumultueuse la crispa d'abord, et elle ouvrit la bouche pour leur crier leur fait avec un flot d'injures qui lui montait aux lèvres ; mais elle ne pouvait pas parler tant l'exaspération l'étranglait."


Et ils continuèrent leur route.

Alors, cette nouvelle, elle te découpe en deux. Elle te chope la substantifique moelle et la masturbe. Puis, quand le Prusse jouis, toi aussi. Et après, tu sens ce mélange de regret, de compassion, d'incompréhension que Maupassant vient de te mettre en bouche. Le malaise, voila l'arme de l'écrivain. Fortiche.
Polémiquement, on en retire l'attitude maurâtre et commune du faux cul et de la méchanceté gratuite. On y ausculte l'homme brièvement et en surface, pour ne pas tomber dans l'analyse, afin de rester dans le roman, tout en mettant bien le doigt sur notre cortex là où ça fait réfléchir. Pour ça, Maupassant nous met l'exemple qui illustre une thèse que l'on connait mais qu'on ne dit pas. Rhétoriquement, je dirai qu'il nous creuse la tranchée de notre muret. Et là encore c'est fortiche. L'batard.


Quand au reste des nouvelles, elles sont toutes bonnes, big up à "La Parure" qui peut faire sursauter un troupeaux d'élèves, si elle est lue d'un trait par un lecteur doué. Big up aussi à "La Moustache" où Maupassant s'amuse à vanter le port de la moustache dans une correspondance/monologue. Respect à "Rose", qui raconte la vit d'une fille de campagne, à la campagne. Honneur à "La Chevelure" qui met le doigt sur la maladie mentale. Félicitation à "Auprès d'un Mort" qui fait rire.

 

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Publié dans Littérature

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Volo 05/05/2010 20:10


Mouais, pas mal du tout. Humour et littérature font bon ménage :)


Syndrome 17/05/2010 19:17



A ce qui parait :)